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  • Nulle heure où dormir

    Peu importait l’heure, les réveils de brocante alignés sur une étagère métallique donnant des heures dépareillées, le cadran ridé de la grande horloge figeant le temps de la fête jusqu’à la fraîcheur de la nuit, la machine à bulles de savon peinant à fonctionner malgré les efforts des enfants qui en actionnaient la manivelle, le ronronnement du vieux compteur électrique soutenant l’immense guirlande lumineuse du vénérable chêne.

    Je me suis balancé dans un fauteuil en corde suspendu à une branche du chêne, puis j’ai attendu le lever du jour, allongé dans le camion. Il a plu enfin.

    Nous vivons parmi les insectes. Ils font vibrer l’air jour et nuit. Je connais la sensation du criquet qui se cogne contre mon ventre ou mon genou. Le phasme se tenait droit et immobile au bord d’une feuille de fraisier comme nous l’observions ce soir. C’est toujours le même phasme sur le même fraisier. La nuit, il faut parfois déloger un papillon du cou ou de la tempe. Je me demande comment les papillons de nuit vivent le jour et comment ceux du jour vivent la nuit.

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  • Distorsions lunatiques

    albert giraud,pierrot lunaire

    CUISINE LYRIQUE

    Ridé comme une pomme blette,
    Le Pierrot agite très fort
    Un poêlon, et, d’un brusque effort,
    Croit lancer au ciel qui paillette
    La Lune, la jaune omelette.

    Albert Giraud, Pierrot lunaire

    Des hommes tournent autour de la Terre et le tourisme n’a jamais aussi bien porté son nom. On les imagine dans l’espace mais ils sont aussi loin de la Terre que moi de la France quand je viens de passer la frontière belge. — On pronostique l’avènement du tourisme lunaire en 2024.

    Sur la table il y a un verre, une tasse, une carafe, une bombe et deux tubes de peinture, des piles de livres, un ordinateur, un scaneur, une imprimante, etc. J’écoute un sceptique qui dit que ces objets, s’ils devaient avoir une influence sur moi, y parviendraient de manière plus certaine que la planète Mars.

    Les croyances sont peuplées de détours et de subterfuges, de raisonnements obliques et de confirmations biaisées. Mon jardin poétique aussi, où se logent mes inquiétudes et mes rêveries. On a calculé trois fois mon ascendant mais je ne m’en suis jamais souvenu, et mon heure exacte est inconnue. Mon nom est Pierre, pas Pierrot, et j’enfile des perles sur le collier de mon scepticisme.

    Quant à la poésie, on la préfère muette ou travestie. Si elle brode les noms des astres, elle frise le ridicule. — Le sceptique dit que le sens n’immunise pas contre le hasard, la bonne foi contre l’erreur.

     

    albert giraud,pierrot lunaire