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frénésie journalière

  • La minoterie

    la minoterie

    Je cherche l’image la plus imagée : la taupe dans son terrier, l’oiseau dans son nid, l’homme des cavernes dans sa caverne. — Je suis le locataire dans sa location, l’homme temporairement là, l’éternel transitoire dans cet appartement incongru. — Incongru, il l’est : incrusté dans une minoterie de l’âge du béton. Quelques mètres au-dessus de la douche, vous observez la pyramide inversée par où coulait le grain de blé — son sillon, sa cicatrice, ses restes de stigmates. C’est la partie la plus élevée de l’appartement, et la pièce la plus exiguë : douche, machine à laver, lavabo. C’est la pièce la plus sombre ; aussi j’y stocke mes conserves de chou et de céleri.

    la minoterie

    Là où je déambule stupidement, où je m’interroge longuement sur la course du monde, sur la folie d’y participer et l'embarras de la quitter, sur le peu de fondement de mes certitudes et les biais de mes croyances, sur les bornes de ma conscience et la plasticité de ma morale, en somme, là où je doute et puis longuement douter de tout, et douter répétitivement, pathologiquement, là : il y eut des minotiers qui minotaient du matin au soir et n’avaient guère le loisir de l’interprétation planétaire des Fleurs du Mal ni de Pierrot lunaire. Il me plaît que, dans cette ancienne minoterie industrielle, je façonne mon pain, me prenant pour le boulanger dans la minoterie. — Mais j’ai confiné mon levain dans le réfrigérateur, car à quoi bon faire du pain pour soi seul, quand le pain se mange avec un copain, compagnon de pain ?

    la minoterie

  • Distorsions lunatiques

    albert giraud,pierrot lunaire

    CUISINE LYRIQUE

    Ridé comme une pomme blette,
    Le Pierrot agite très fort
    Un poêlon, et, d’un brusque effort,
    Croit lancer au ciel qui paillette
    La Lune, la jaune omelette.

    Albert Giraud, Pierrot lunaire

    Des hommes tournent autour de la Terre et le tourisme n’a jamais aussi bien porté son nom. On les imagine dans l’espace mais ils sont aussi loin de la Terre que moi de la France quand je viens de passer la frontière belge. — On pronostique l’avènement du tourisme lunaire en 2024.

    Sur la table il y a un verre, une tasse, une carafe, une bombe et deux tubes de peinture, des piles de livres, un ordinateur, un scaneur, une imprimante, etc. J’écoute un sceptique qui dit que ces objets, s’ils devaient avoir une influence sur moi, y parviendraient de manière plus certaine que la planète Mars.

    Les croyances sont peuplées de détours et de subterfuges, de raisonnements obliques et de confirmations biaisées. Mon jardin poétique aussi, où se logent mes inquiétudes et mes rêveries. On a calculé trois fois mon ascendant mais je ne m’en suis jamais souvenu, et mon heure exacte est inconnue. Mon nom est Pierre, pas Pierrot, et j’enfile des perles sur le collier de mon scepticisme.

    Quant à la poésie, on la préfère muette ou travestie. Si elle brode les noms des astres, elle frise le ridicule. — Le sceptique dit que le sens n’immunise pas contre le hasard, la bonne foi contre l’erreur.

     

    albert giraud,pierrot lunaire