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folie minuscule

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    J’aurais pu ne pas
    mais tant pis
    c’est passé dans l’océan
    arrivé à destination
    à moins que

     

    C’est pourtant facile
    se voir mais hypothétique
    comment tes cheveux
    ondulent se carapatent
    le jour la nuit

     

    Pourquoi écrire
    comme si rien
    de rien n’était
    de rien n’avait été
    de rien n’avions rêvé

     

    Parfois ton compte parle
    pour ton compte mais tu es
    si rare que les instants
    bout à bout feraient
    un flocon de poussière

     

    Alors restons reclus 
    dans nos chambres
    nos appartenances
    et sommes l’un
    à l’autre absent

  • Poèmème

    Longtemps je suis resté coi et ignare
    devant le mot de mème soit que je le lusse
    soit que je l’entendisse flotter dans l’air du temps
    avant qu’à peu près je comprisse qu’il devait être
    moche décalé mal designé vrai ou fèke lolable et viral

     

    Un mème expose par exemple ma tète ceci réjouie
    puis ma tète cela dégoùtée si possible le genre de tète
    que je n’afficherais pour rien au monde en photo de profil
    préférant le profil filtré avantageusement ou la face
    mais le mème est la farce des années 20

     

    En quète de mèmes je trouve celui qui me sied
    en haut c’est un homme excité devant mille papiers
    teachers when they explain the meanings of a poem
    en bas c’est un chevelu deux de tension au regard défoncé
    authors when they wrote the poem i’m just really hiiiiiigh

     

    Vous pouvez ne connaître que le dormeur du val
    et le sonnet du TDC mais scroller mille mèmes de Rimbaud
    ce petit criss sodomisé par Verlaine lis-je ici
    là once Rimbaud was alive then he died ha ha
    ou ce chat armé disant Rimbaud sold me this gun

     

    Quant à Baudelaire le poète jouit de cet incomparable
    privilège qu’il peut à sa guise ètre lui-mème et autrui
    certes mais aussi crénom Baudelaire mème officiel
    lost virginity found syphilis Baudelaire par lui-mème
    travail immédiat mème mauvais vaut mieux que la rèverie

     

    Un biologiste associa en 1976 le gène et la mimésis 
    d’où naquirent le mème et la mémétique
    alors voilà le mème est un élément de langage 
    reconnaissable et partagé par répétition 
    d’un individu à d’autres et à d’autres encore

     

    J’ai lu un article du Monde sur l’art du mème 
    qui prétend que parmi les centènes de mèmes 
    qui font leur apparition chaque semène
    seule une poignée passe réellement à la postérité

     

    elle est retrouvée quoi la postérité

     

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    J’ai beau dire
    je suis un homme du XIXème siècle
    et pas la peine de protester
    ramassant les auréoles passées
    sur le macadam de la poésie 
    consciente de sa chute

     

    Il n’était pas trop tard
    ce soir pour relire ça ni
    pour ouïr cette Mademoiselle Bistouri
    qui tant désire un médecin si gentil
    et si bon pour les femmes 
    comme elle dit

     

    Ah ah cette vie
    cette vie on pouvait la peindre
    l’imaginer la continentaliser l’océaniser
    la moraliser bellement en prose
    malgré l’âme irresponsable
    l’âme muette

     

     


    N’ayant le clavier romanesque et ne m’en consolant qu’à moitié
    j’ai racheté une plume de gaucher qui souplement glisse sur le papier
    and so what j’ai écouté idolâtrement le grand roman de l’avarice
    au timbre mat au rythme langoureux au phrasé terne à souhait
    et  franchement Eugénie Grandet déployée à mes oreilles
    rien de mieux qu’un monument du siècle du papier

  • Gradiva

     

    Ce sont des pieds et il n’y a que des pieds
    quand le cinéma recrée la vie de la tête aux pieds
    là vous ne voyez que des pieds
    dans un film tourné à hauteur de pied
    sur un autre continent où vous n’irez jamais
    alors vous regardez le souvenir de ces pieds-là
    comme on garde un souvenir 
    car vous voyez les pieds
    comme une cinéaste par toquade les filma
    jadis dans les années soixante-dix

     

    Mais vous vous souvenez d’autres pieds
    conservés depuis des périodes géologiques
    où personne ne songeait à nommer les périodes géologiques
    des empreintes de pieds dans une terre fossilisée
    et l’on restitue méthodiquement le mouvement d’un groupe
    se déplaçant d’un point à un autre
    évanouis l’un comme l’autre point dans les frasques de la matière
    hommes femmes et enfants courant pour une raison à jamais enfouie
    ayant couru quelques secondes de vie 
    révélées par un insoucieux hasard

     

    Je gage que les pieds filmés dans les années soixante-dix
    universellement visibles depuis dix ans sur vos ordinateurs
    regardés en moyenne dix fois par jour j’ai compté
    disons deux fois en France deux au Mexique deux aux États-Unis d’Amérique
    et pour les quatre autres comme vous voudrez
    auront disparu des écrans disparus
    quand la terre conservera encore aveuglément
    des empreintes de pieds
    auxquelles nul archéologue
    ne rêvera plus

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    Le torchon décore toutes mes cuisines
    Toutes mes vies là où j’arrive par hasard
    N’a jamais essuyé aucun verre aucune faïence
    En essuyant mes souvenirs mes tracas mes tragédies

     

    Simulacre de torchon miniaturisé sur carte postale
    De ces souvenirs à un euro à la sortie d’une expo
    Torchon brodé d’une main qui sait l’art de broder
    condense l’expérience en formules pompeuses dérisoires

     

    Il dit ceci au féminin que je suis allée en enfer
    En suis revenue et je peux vous dire je traduis
    Que c’était merveilleux car c’est brodé
    Malicieusement en américain

     

    Je l’ai découpé à l’époque puis recouvert d’un plastique
    Et là cachant un trou disgracieux près de la fenêtre
    Il me rappelle des siècles de littérature
    Qu'un sourire centenaire dénoue

     

    Bientôt je l’encartonnerai pour aller vivre ailleurs
    Pas si loin mais plus haut plus près du ciel et de l’eau
    La brodeuse qui le broda continuant de penser
    À moi qui pense à elle comme si

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    La brûlerie du marché vous y trouvez le meilleur café 
    Aujourd’hui c’est un mélange de trois cafés d’Éthiopie
    Il paraît qu’il est à peine amer je le confirme à moi-même
    Ce dimanche sans heure où les cristaux liquides 
    Liquident ma volonté mon désir mes doigts ma bouche
    Comme les gouttelettes sur le verre de la cafetière
    Ce n’est pas le ronronnement du chat tapi au fond
    De la machine à laver tout à l’heure et maintenant
    Plus conventionnellement dans son panier par terre
    Ni le bonhomme silhouette de fil de fer tordu jadis
    Par ma fille petite et là suspendu dans ma cuisine
    Ni l’assiette parlante d’époque en faïence de Nevers
    Avec sa Bastille et ses baïonnettes naïvement tracées
    Et son slogan sincère "vivre libre ou mourir" mais
    Rousseau était passé par là pas encore tout à fait digéré
    On voit ce que ça donne le samedi dans les manifs
    Il y a aussi tous ces aimants qui sont comme des lunes
    Multicolores glissant imperceptiblement à l’échelle
    D’une semaine humaine mais inexorablement ils glissent
    Sur le métal de la machine à laver quand roule le tambour 
    Et se noient mes chaussettes de la semaine écoulée délavée
    et lunes de choir fatalement achevées par les griffes du chat
    Sur le carreau comme l’expansion de l’u n  i   v    e     r      s 
    Sur le carrelage répandue et la main de Dieu recomposant
    Tout ça comme un jeu d’enfant ou une hypothèse aussi
    Éphémère que le 0 liquide de l’horloge avant qu’il passe au 1
    Le lémurien avant l’humain et la roche avant l’anguille
    Quant aux jeux d’adultes ils ne m’amusent guère
    Point d’éclats multicolores mais une lune amère

     

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    C’est tout à la fois illusion fiction fuite vertige impasse et soupape
    L’évitement et le rentre-dedans ne font pas bon ménage je constate
    Ce qu’il en reste c’est qu’il ne reste rien qu’un désert sentimental
    Et encore maladroitement je métaphorise par respect pour l’écho
    Ou seulement par atavisme et adoration des fleurs de cimetière
    L’absurdité de la situation car ce n’est pas que moi moi moi
    A broyé les lumières des philosophes et des philosophesses c’est dire
    Que reste-t-il de nos rendez-vous du vendredi du samedi et du dimanche
    Et du téléphone le téléphone du soir et la distribution des balles
    Qu’en reste-t-il rien à l’horizon de mes cinquante ans tout à l’heure
    Alors je siffle je ris je noie je bouille je rase je verdoie j’en chie
    J’ai flouté tous tes textes mais pas eu le courage des fichiers images
    Flouté quand je dis flouté comprenez il en restera des souvenirs colères
    Pourtant les déclarations d’intention les miennes d’ailleurs je sais pas
    Les siennes les tiennes d’amitié alors soyons amis dans l’illusion
    De la possibilité d’être amis mais taisons-nous faisons une pause haha
    Longue pause d’oubli de recréation de bruits nouveaux de peau neuve
    Et qu’irai-je faire sur tes terres enterrées avec toi l’entêté haha
    En laissant pousser mes cheveux je me suis voilé la face voilà tout
    Je dis ça ou autre chose que je me suis tué le bras gauche à Pâques
    Fait piquer à la fesse en juillet balader en août embrasser en septembre
    Puis écouvillonner détartrer maintenant je ne bois plus de lait
    J’ai laissé le levain pourrir dans son pot et mon corps dans son lit

  • Les dames du banc public

    Ici les femmes vont par deux
    se donnent rendez-vous
    et causent à loisir

     

    J’en entends chaque jour 
    que je promène mes remous
    d’après-midi

     

    Celles-ci ne disent pas genre
    n’enchaînent point à coups de du coup
    nient soigneusement avec des ne

     

    Leurs relances de simples et
    surtout celle qui parle fort
    l’autre un rien suiveuse

     

    C’est un chapelet de vedettes
    Delanoë gourmet Sardou cerné Cerdan
    Cabrel Calogero Christophe Christophe Maé

     

    L’une a vu Léo Ferré au marché
    portant santiags diable
    un anarchiste

     

    Et il m’a envoyé une photo
    mais je ne sais pas si c’est lui qui a écrit
    le mot

     

    Il paraît même
    qu’il y eut une fois
    Tina Turner à une brocante

     

    Et j’aimais beaucoup Sheil
    a parce que j’avais comme elle 
    des couettes ah j’étais rousse

     

    À une époque que veux-tu
    j’étais seule avec mon fils
    et Jean Ferrat

     

    Elles égrainent encore les humoristes
    Laurent Gerra et cétéra 
    Drucker et Foucault hélicoptères et bateaux

     

    Chuchotent je tends l’oreille des secrets d’évêques
    sont catégoriques sur le mariage des prêtres
    restent approximatives sur les pasteurs

     

    Elles parlent si fort que je les enregistre
    vole quelques minutes aux dames oisives
    du banc public