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frénésie journalière - Page 5

  • Qu’il faut veiller au grain

    À Moscou, Andrey poste sur Facebook des dizaines de lithographies d’Honoré Daumier conservés à l’Art Institute de Chicago. À 2644 kilomètres de la ville blanche et 6611 de celle du vent*, je déchiffre le texte manuscrit collé au bas d’une caricature intitulée "Les canotiers parisiens". C’est un papier très fin, un peu transparent. L’exercice est assez difficile : je dois agrandir l’image au maximum pour deviner certains mots. J’ai terminé, mais il reste ce petit mot commençant par un g. Je n’y vois rien d’autre qu’un grain, mais que vient-il faire dans cette embarcation ? Voyons la définition. — C’est devenu une habitude : lire chaque jour la définition de mots simples, de petits riens, de mots-grains. Mais ici, c’est l’impasse qui m’y pousse, et, disons, le pressentiment d’une ignorance que je tâche de tourner en fantaisie verbale. L’article est très long ; je trouve finalement : "MAR. Coup de vent fort, survenant brusquement, de peu de durée, et qui peut être accompagné de pluie, grêle ou neige." Je me sens idiot. J’aurais dû le savoir, et peut-être l’ai-je su ; ne l’ai-je pas lu dans un roman du dix-neuvième siècle ? Je suis maintenant certain de ne pas l’oublier. Le Trésor cite Chateaubriand : "L’ouragan se précipitait en hurlant sur ma calèche, comme un grain noir sur la voile d'un vaisseau."

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    LA MANŒUVRE À BORD

    Le Capitaine hurlant dans son porte-voix : – Gabriel, voici un grain qui se prépare... Levez toutes les voiles !...

    – C’est bon... c’est bon !... est-ce que tu ne pourrais pas me dire ça tout tranquillement, au lieu de me fourrer ton grand diable d’instrument dans l’oreille !... Ça m’a rendu si sourd que je n’en vois plus clair !...

     

     

    * Le vent peut souffler fort à Chicago, mais il n’est pour rien dans son surnom de "Windy City", un journaliste du New York Times ayant un jour fait la satire des hommes politiques de la ville en disant qu’ils en étaient pleins : "They’re full of wind"**.

     

    ** Je me figure un Président
    Qui dit : Je chanterai la guerre
    Que firent les Soignants au Virus délétère.
    C’est promettre beaucoup : mais qu’en sort-il souvent ? 

    Du vent.

  • Fist

    Sweet — safe — Houses —
    Glad — gay — Houses —
    Sealed so stately tight —
    Lids of Steel — on Lids of Marble —
    Locking Bare feet out —

    Emily Dickinson

    Maisons — douces — sûres —
    Maisons — heureuses — gaies —
    Tellement bien scellées —
    Couvercles d'Acier — sur Couvercles de Marbre —
    Fermant la porte aux Va-nu-Pieds —

  • Erreur 407

    Une araignée a profité de la situation —
    Je la soupçonne de guetter ses proies —
    Dans les anfractuosités —

     

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  • Encre

    Il fait noir dehors, c’est lune décroissante ; au bord de la fenêtre une paire de mains comme d’un intrus ou d’un amant qui voudrait entrer incognito ; un homme de dos fixe les mains, il est à table, boit un café fumant ou un thé, fesses et cuisses charnues pesant sur la fine structure métallique d’une chaise dont le siège et le dossier semblent de corde ; un autre homme assis en face de lui, légèrement décalé, regarde dans l’autre direction, une tasse fumante dans la main droite, le coude calé par le poignet de la main gauche où se consume une cigarette, ses pieds dépassant sous la nappe. Son expression est aussi impénétrable que le visage de Wenjie. Est-il inconscient de ces mains qui annoncent l’intrusion prochaine ? Attendent-ils un amant ? — Je suis idiot : l’intrus est un esprit.

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    © Wenjie Ding, L'esprit sous le clair de lune